Publié le 15 septembre 2026
Les familles que nous accompagnons nous posent toutes les mêmes questions avant le départ. Quelle formation, quel budget, quelles chances d'obtenir le visa. Presque aucune ne pose celle-ci : que se passe-t-il pendant les six premières semaines sur place ?
C'est pourtant là que beaucoup de projets se jouent. Nous avons interrogé Abdoulaye DIALLO, ancien vice-président étudiant à l'Université Sorbonne Nouvelle et président du Dispositif d'aide aux étudiants étrangers en France (DAEF), qui accompagne ces étudiants au quotidien.
Sa réponse décrit un enchaînement que nous voyons nous aussi, mais que personne ne formule aussi clairement.
« Les problèmes qu'ils rencontrent dès le départ, c'est tout de suite des problèmes qui impactent leur intégration dans la communauté étudiante, ou dans la vie universitaire de manière générale. Tout simplement parce que c'est deux systèmes différents, du Sénégal et ici en France, notamment les démarches administratives, pédagogiques.
Donc oui, c'est quelque chose qui impacte leur année universitaire et qui peut même aller à un échec pédagogique. Parce qu'un étudiant qui ne réussit pas son début d'année universitaire, c'est un étudiant qui risque de redoubler son année, et en conséquence qui se retrouve avec des difficultés au niveau de la préfecture pour renouveler son titre de séjour, ou même qui perd ses droits comme le travail.
Donc globalement, c'est un étudiant qui s'enfonce et qui reste dans la précarité. »
L'engrenage, en six temps
Relisez la citation en suivant la chaîne. Elle part d'un formulaire et finit sur un titre de séjour.
| 1 | Des démarches administratives et pédagogiques différentes de celles du pays d'origine. |
| 2 | Un début d'année universitaire manqué, cours suivis en retard, inscriptions incomplètes. |
| 3 | Un échec pédagogique en fin de semestre. |
| 4 | Un redoublement. |
| 5 | Des difficultés en préfecture au moment de renouveler le titre de séjour, le sérieux des études étant examiné. |
| 6 | La perte de droits attachés au statut, dont le droit de travailler. Et l'entrée dans la précarité. |
Ce qui frappe, c'est la distance entre le point de départ et le point d'arrivée. Personne ne pense qu'une inscription pédagogique mal comprise en octobre peut se traduire par un titre de séjour fragilisé deux ans plus tard. Pourtant la chaîne est logique, et chaque maillon découle du précédent.
Pourquoi deux systèmes, concrètement
Abdoulaye DIALLO parle du Sénégal, mais le constat vaut pour la Côte d'Ivoire, le Mali, la Guinée, le Burkina Faso, le Bénin et le Togo. Voici ce que recouvre cette différence dans les faits.
L'inscription se fait en deux temps. Il y a l'inscription administrative, qui vous rattache à l'établissement, et l'inscription pédagogique, qui vous inscrit à vos cours et à vos examens. Beaucoup d'étudiants accomplissent la première et ignorent la seconde. Ils suivent les cours, parfois pendant des semaines, sans être inscrits aux épreuves.
Tout passe par des plateformes numériques. Espace numérique de travail, emploi du temps en ligne, dépôt des devoirs, convocations aux examens. Un identifiant non activé dans les premiers jours, et l'information ne parvient plus.
Les démarches sont enchaînées. Le certificat de scolarité conditionne l'ouverture du compte bancaire, qui conditionne le bail, qui conditionne l'aide au logement, qui conditionne le budget. Un maillon en retard bloque toute la suite.
Personne ne vient vérifier. C'est peut-être la différence la plus déroutante. Le système fonctionne sur l'autonomie : on ne vous rappelle pas qu'une démarche est en retard, on constate simplement qu'elle ne l'a pas été.
Le moment où tout se joue
Ces difficultés se concentrent sur une période courte, entre l'arrivée et la fin du premier mois, au moment précis où l'étudiant est le moins armé pour y faire face.
Il vient d'arriver, il ne connaît personne, il cherche un logement, il découvre une ville, souvent un climat, parfois une langue d'enseignement plus exigeante que prévu. Et c'est à ce moment-là qu'on lui demande d'accomplir une dizaine de démarches administratives dont il n'a jamais entendu parler.
Le décalage entre ce qu'on lui demande et ce dont il est capable à cet instant précis est au cœur du problème.
Le DAEF, et ce qu'il fait exactement
Une précision nécessaire. Malgré son nom, le Dispositif d'aide aux étudiants étrangers en France n'est pas un programme de l'État français. C'est une association. Nous le précisons pour éviter toute confusion : une famille doit savoir à qui elle s'adresse.
Le DAEF ne se substitue ni à l'université, ni à la préfecture, ni aux organismes sociaux. Son rôle est différent, et c'est justement ce qui le rend utile.
Il oriente. Il existe en France un grand nombre de dispositifs auxquels un étudiant étranger a droit : logement, santé, aide financière, accompagnement social, soutien pédagogique. Le problème n'est presque jamais leur absence. C'est que personne ne sait qu'ils existent, ni à qui s'adresser, ni dans quel ordre.
Il apporte des réponses claires. Face à une administration qui parle un langage spécifique, obtenir une réponse nette à une question simple change tout. C'est souvent la différence entre une démarche accomplie en trois jours et une démarche abandonnée.
Autrement dit, le DAEF fait le lien entre un étudiant qui ne connaît pas le système et un système qui ne va pas vers lui.
L'association est joignable sur sa page Facebook, où elle publie ses actions et répond aux questions des étudiants.
Pourquoi nous en parlons
Notre accompagnement va de l'orientation initiale jusqu'à l'installation. Mais soyons honnêtes sur nos limites : nous accompagnons un projet, nous ne vivons pas la première année à la place de l'étudiant. Une fois sur place, la vie quotidienne, les démarches qui reviennent, les droits à faire valoir relèvent d'un accompagnement de terrain, en France, dans la durée.
C'est le rôle d'une structure comme le DAEF, et c'est pour cela que nous faisons connaître son existence à nos étudiants.
Notre relation avec le DAEF n'est pas commerciale. Aucune des deux structures ne rémunère l'autre, et nous ne percevons rien si vous vous adressez à elle. Nous informons simplement de l'existence des dispositifs en place en France, parce qu'un étudiant qui les connaît est un étudiant qui ne s'enfonce pas.
Ce que nous en tirons pour votre projet
Trois conséquences pratiques, à intégrer avant le départ et non après.
Le budget doit couvrir les premières semaines, pas seulement l'année. Caution, premier loyer, équipement, déplacements administratifs : ces dépenses tombent toutes en même temps, avant la première aide au logement. Nous les faisons figurer dans le budget prévisionnel que nous établissons avec chaque famille.
La liste des démarches se prépare au pays. Savoir avant de partir ce qu'il faudra accomplir, dans quel ordre et avec quels documents, supprime l'essentiel du problème décrit par Abdoulaye DIALLO.
Il faut identifier un point de contact sur place avant d'arriver. Association étudiante, service d'accueil de l'établissement, structure d'accompagnement : peu importe le nom, ce qui compte est de ne pas être seul face à la première difficulté.
À propos de ce témoignage
Propos d'Abdoulaye DIALLO recueillis en septembre 2026, publiés avec son accord. La transcription reproduit ses propos, les répétitions de l'oral en moins. Les informations relatives aux droits des étudiants étrangers, aux titres de séjour et aux dispositifs d'aide relèvent des administrations compétentes et évoluent : vérifiez toujours les règles en vigueur auprès des organismes concernés.